Toutes les bonnes choses ont une fin et on a du quitter le Grand Canyon pour reprendre la route alors qu'on serait bien resté au camping un peu plus.
Avant d'aller camper chez les Indiens de Supai, on voulait s'arrêter une nuit à l'hôtel, histoire de bien préparer les sacs à dos et de laisser dans le coffre ce qu'on ne prendrait pas sur nous. J'expliquerai tout ça en détails plus tard. Il fallait d'abord faire tout le chemin jusqu'à Peach Springs, toujours en Arizona, pas loin de la partie ouest du Grand Canyon à vol d'oiseau, mais à plusieurs heures de route. Mais pas n'importe quel route.
La plupart des villes de la région vivent du tourisme généré par le canyon. Certaines, peut-être parce que les touristes ne restaient pas assez longtemps, ont cependant décidé d'ajouter un autre nom de prestige à leur brochure touristique: Route 66. La route 66 reliait au départ Chicago à la côte ouest en passant par le Mid-West, St Louis etc. Il n'en reste plus grand chose, elle a été tronçonnée, détruite, recouverte par d'autres routes, et on en trouve plus que quelques bouts par-ci par-là. La portion de route 66 qui passe par Peach Springs étant apparement la plus longue qui reste, ils ont construit tout un commerce autour, avec des panneaux et même une ville entièrement dédiée à cette route mythique. Au delà du caractère folklorique, c'est surtout une vieille route défoncée parfois à la limite du praticable.
Peach Springs se trouve dans la réserve indienne de Hualapai (il existe une dizaine de façons d'écrire le nom de la tribu, je reprends ici le plus courant). L'hôtel auquel on a passé la nuit était donc tenu entièrement par des Indiens selon leurs lois tribales. Ça c'est pour la petite histoire. En ce qui concerne le confort, c'était un hôtel correct dans l'ensemble, l'accueil était assez sympa. Le bâtiment regroupait un complexe sportif, une piscine, un spa, des salles de conférence, un restaurant et un magasin de souvenirs, mais le côté grandiose venait surtout de la décoration intérieure, façon palace. Ils n'ont pas lésiné sur le marbre, pas toujours à bon escient, et à notre avis c'était pour faire oublier que les douches étaient bruyantes, et que l'hôtel se trouvait à côté d'une voie ferrée très fréquentée par des trains qui mettaient leur sirène à fond en passant à cause d'un passage à niveau. Au rythme d'un train toutes les 15 minutes, difficile de nous faire avaler les 105 dollars la nuit.
On avait refait le plein de trail mix et de Pringles, et rempli nos bouteilles d'eau, et comme j'ai commencé à l'expliquer, on s'était arrangé pour ne partir qu'avec un gros sac à dos chacun. En effet, pour descendre à Supai il fallait garer la voiture en haut de la falaise puis descendre par une longue randonnée. On devait donc emporter le strict nécessaire et laisser le reste dans la voiture.
Le campement dans la réserve de Supai fonctionne sur le mode first-come first served, c'est-à-dire les premiers arrivés s'installent où ils veulent. C'est la raison pour laquelle on a passé une nuit à l'hôtel avant, on se disait qu'en partant de la ville la plus proche on arriverait assez tôt pour faire la randonnée et trouver une emplacement décent. On s'est donc levé à 4h00 après une nuit au sommeil très léger à cause des trains et de l'angoisse de ne pas se réveiller. A peine le temps de sauter dans les vêtements et de mettre les sacs dans la voiture pendant qu'on préparait un précieux café pour tenir la route. C'était au tour de Mymy de prendre le volant, et chapeau elle a très bien conduit dans le noir complet avec des petits animaux qui traversaient la route sans prévenir. 1h30 donc dont plus d'une heure sur une route un peu laissée à l'abandon, peu de signalisation, certains panneaux étaient effacés, le marquage au sol pas toujours clair et l'état de la chaussée digne de la pire autoroute californienne. Plus inquiétant, on voyait un énorme orage au loin, très violent, et il a fallu un long moment pour qu'on se rende compte qu'il avait eu lieu de l'autre côté, dans un autre canyon.
Arrivé en haut de la falaise, à Hualapai Hilltop, on s'est vite rendu compte qu'on ne serait pas les seuls à descendre. Beaucoup avaient dormi là, dans leurs voitures ou dans des tentes. Certains s'étaient même installé le long du sentier de rando. On a essayer de faire le moins de bruit possible pour ne pas les réveiller, mais le soleil commençait à se lever.