Le deuxième jour on a pris le bus le matin en direction de Alamo Square, un joli petit parc où se trouvent les fameuses maisons de "La Fête à la Maison". J'avais insisté pour qu'avant ça on s'arrête à Japantown, qui n'a rien à voir en dimension avec Chinatown, il s'agit uniquement d'un temple Zen, d'une pagode de la paix offerte par le Japon, et d'un cultural center qui est en fait un centre commercial où a été recréé une ambiance de village japonais traditionnel. On a beaucoup aimé quand même.
Après Alamo Square on a poursuivit notre chemin à travers Haight street, l'ancien quartier général des hippies, en particulier de Janis Joplin. Leurs maisons victoriennes bariolées coûtent maintenant des millions et mis à part quelques magasins psychédéliques, ça ne nous a pas plus impressionné que ça. Peut-être qu'il était un peu tôt pour les hippies, le quartier était désert, il était seulement 11 heures du matin.
Haight street mène au Golden Gate Park, un parc immense qu'il faut bien 1 heure ou 2 pour traverser de bout en bout, et encore si on ne compte pas les pauses. Des pauses, nous, on en a fait plusieurs: devant la statue de Cervantes, devant un lac, pour manger nos sandwiches, devant les nombreuses chutes d'eau, et aussi, plus surprenant, devant l'enclos des bisons! Ils ont été amenés du Grand Ouest pour se reproduire tranquillement en Californie, un état très écolo au delà mêmes des clivages droite-gauche.
La pause la plus agréable a été celle que l'on a faite au Japanese Tea Garden, où on a dégusté un thé vert avec des biscuits japonais dans un cadre magnifique et relaxant. A une certaine époque le parc était utilisé pour des expositions un peu kitch où avaient été construite une fausse Babylone, une mini Tour Eiffel etc., un peu comme à Las Vegas. Les gens s'en sont lassé, et seul le jardin japonais, le moins kitch de tous, a été conservé. C'est un des endroits que nous avons le plus appréciés.
Le but ultime de notre traversée du parc était d'arriver sur l'immense Ocean Beach, et là ça a été notre première déception. Il nous a fallu du temps pour nous rendre à l'évidence, mais San Francisco n'est pas pas une ville de baignade, les plages sont surtout sillonnées par les promeneurs de chiens et autres sportifs du dimanche. Et cela pour une bonne raison: le fog.
Le fog en bon français, c'est le brouillard. Mais il ne s'agit pas du petit brouillard du matin qui se dissipe peu à peu dans la journée: à San Francisco, c'est du gros fog bien épais, façon londonienne, mais localisé surtout sur la plage et les collines environnantes. C'est un phénomène météo tout à fait normal pour la saison, il y en a de pleines pages dans les guides, mais par lectures sélectives, consciemment ou non, on avait décidé de les ignorer. Tous les étés, en particuliers en juillet et août, les côtes californiennes sont envahies par ce brouillard qui se dissipe normalement peu à peu jusqu'à disparaître en fin de matinée. Il est produit par le vent qui déplace les couches d'eau de surface, plus chaudes, et fait donc mécaniquement remonter l'eau plus froide du dessous ce qui crée un différence de température assez grande avec l'aire ambiant et donc un épais brouillard. La Californie étant formée de montagnes qui s'avancent jusqu'aux côtes, le fog ne peut pas s'échapper et recouvre les villes côtières toute la matinée, parfois même toute la journée selon la position géographique de la ville. Dans le cas de San Francisco, qui est une baie, le fog entre comme dans une entonnoir et va nourrir grassement les forêts de séquoias à l'intérieur des terres. Le centre ville ne souffre donc pas trop du brouillard, mais les côtes oui, car c'est là qu'il se forme.
Trop froid donc, et trop de brouillard pour se mettre en maillot: après une petite heure sur la plage, en pantalon et veste polaire, on a décidé de passer à l'étape suivante, Cliff House. Il s'agit d'une vieille maison, maintenant transformée en restaurant, qui avait été totalement ravagée par un incendie avant d'être reconstruite à l'identique à coup de millions de dollars. Seules les piscines extérieures ont été laissées à l'état d'abandon. On a continué ensuite sur la route qui fait une boucle derrière Cliff House pour prendre le bus, direction Chinatown, qu'on a traversée pour se rendre à l'auberge, où la routine du soir était d'aller sur internet et de planifier nos visites du lendemain.
On a donc décidé qu'en fonction du fog on irait peut-être visiter le Golden Gate Bridge.